Certaines discussions sont de vrais calvaires. Dialogues de sourds. Je réalise aujourd’hui la violence que peut contenir un bête échange entre amis. Certaines positions lors de la prise de parole prouvent à elles seules l’égard que l’on peut porter à l’autre, égard absolument nécessaire à toute chose constructive, le reste n’étant qu’égo, et donc bullshit.
Eu une discussion houleuse aujourd’hui. Parce que la personne qui se trouvait en face attendait de moi un acquiescement et non un répondant. Parce que sa position de départ était de penser que je ne savais pas de quoi je parlais. Parce que, surtout, elle retenait de mon discours (il est vrai beaucoup plus décousu que le sien car stressé et outré par une telle attitude) ce qu’elle voulait bien en retenir, à savoir presque rien. Il m’a rarement été donné de constater pareille condescendance, même si ce n’est de loin pas la première fois que je dois prouver que je ne suis pas totalement idiote. J’ai donc quitté la table, vaincue et excédée, dans une colère effroyable. Je me suis aussitôt dit: “une personne intelligente aurait laissé tomber”, sur quoi j’ai immédiatement pensé, “non!”, puisque j’avais en face de moi une personne que je considérais comme étant elle-même intelligente, mais qui, dans ce cas précis me refusait un quelconque avis divergent, une sorte de facho du verbe, vacciné avec une aiguille de gramophone.
Ce n’est donc pas raison que je voulais forcément avoir, mais simplement le droit à la parole. Les règles tacites de la conversation étant bafouées, ma frustration a explosé en grosse colère.
Pour obtenir un tant soit peu d’attention ce soir, il aurait certainement fallu que je reste calme, que j’écoute la tirade de mon interlocuteur, en la ponctuant de mes brèves remarques, si possible en allant dans son sens. Mieux, j’aurais dû ne pas parler, montrer un désinvestissement qui m’aurait permis de garder la tête haute, et une aura respectable, voire mystérieuse. Ce que c’est chiant.
Vous avez remarqué? Le jugement de l’intelligence d’une femme lors d’une discussion est souvent inversement proportionnel à son taux de parole, alors que c’est exactement l’inverse pour un homme. Loin de moi l’idée de palabrer sur l’argumentation genrée dans une discussion, ou de faire une poussée d’urticaire misandre. Je remarque simplement que moi, jeune fille bien élevée, il n’est pas dans mes habitudes de prendre mon interlocuteur pour un abruti, et qu’il m’est arrivé plus d’une fois de porter injustement le bonnet d’âne.
En grande bavarde, je n’aimais me priver d’aucune discussion. Réflexion faite, je ne veux plus accepter ce manque de respect, et prendrai soin d’éviter les tristes individus qui y ont recours.








