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Say it loud

Bonne nouvelle, ce matin, au réveil. Les States n’ont pas réélu un cowboy. Je suis bien contente de ce scrutin, même si la politique reste la politique. Petite pensée émue à tous ces mouvements pour la reconnaissance de millions d’African American, selon le terme de Malcolm X.

Parmi ces batailles, de nombreuses furent musicales. Billie Holiday chantait “Strange fruit”, première opposition publique aux lynchages du Sud, Nina Simone “Young gifted and Black”, James Brown “I’m black and I’m proud, say it loud”… Marthin Luther King était proche du célèbre label de soul Stax…

Tous ces immenses artistes, suivis de milliers de leurs congénères se battaient pour leurs droits civiques, mais aussi pour le droit au respect, à la confiance. L’élection de Barak Obama est en cela une victoire, car elle est une preuve que les choses ont changé. Le reste n’est que musique d’avenir.

Voici un document qui date de 1972, il y a trente-six ans donc. Les Staples Singers chantaient “Respect yourself”. Yeah.

Oui d’accord, d’accord, j’arrête de me plaindre que j’ai mal partout, j’arrête de tourner en rond comme un lion en cage en me demandant ce que je vais devenir maintenant que j’ai fini l’école, j’arrête de prendre des mandats à tire larigot (expression que, pour faire rire Catypouce, j’ai écrite “tor la rigaud” avant de vérifier) par peur de rester indéfiniment au chômage et de rater toutes mes chances dans le milieu impitoyable qu’est celui des médias helvétiques. Ok, ok, je me pause quelques jours pour de vrai, je prends des bains, du millepertuis, je réapprends à rien faire sans m’ennuyer, médite et colorie des mandalas. Voilà.

Un vrai poème

Certains d’entre vous ont noté la présence en filigranes de ma voisine du dessous, amicalement nommée “Madame Cornet”, sorte de vieille fille qui a mis un nom masculin sur sa porte alors que tout le monde sait que c’est pas pour de vrai, une authentique concierge qu’on ne paie pas pour faire la loi, car elle la fait gratos, et bien.

Alors voilà.

Nous vivons non loin d’un lycée, et donc proche de toutes sortes de petits traiteurs qui vendent à l’emporté. Madame Cornet n’aime vraiment pas lorsque ces sales jeunes viennent manger sur les deux marches de notre immeuble, qui ont l’avantage d’être abritées en cas de pluie ou de gros soleil. Elle a tout essayé: les petits panneaux sympathiques qui disent “il est strictement interdit de s’asseoir sur les marches”, voire même des patrouilles pratiques couplées à des stations autoritaires qui permettaient de la voir au mieux de sa forme tous les jours entre midi et deux.
Mais là, miracle, Madame Cornet a trouvé la solution ultime, celle qui la débarrassera à jamais de cette vermine estudiantine. Elle va donc, telle une petite jardinière urbaine, arroser en deux temps les marches de notre entrée, qui en deviennent fort moins accueillantes pour les fesses du quartier.

Je dis bravo.


Ah, et j’ai chipé la photo par ici, où il semble qu’il y en ait plein d’autres très jolies…

La course

Me voilà de retour. Et voici la seule et unique photo que j’ai prise durant mon séjour. Pas faute de moyen, faute de temps plutôt. (Qu’est-ce me direz-vous? Il s’agit du porte-feuilles de mon hôte, délicatement posé sur l’une des superbes tables bariolées d’un bistrot désormais nommé “celui des années collège, là au coin”. Je trouvais le tableau intéressant. Fin de la parenthèse) J’ai passé trois jours à courir tout en me demandant pourquoi je courrais. “Ça c’est Paris”, comme ils disent tous, de la danseuse de cabaret emplumée au titi moyen, en passant par les potes avertis. Paris, (je le savais déjà) c’est pas reposant.

Cette année, j’ai trouvé Paris particulièrement speed. Parce que j’ai passé énormément de temps dans le métro? Parce qu’on était à deux jours du début des vacances? Parce que j’aurais eu plus besoin d’une thalasso que d’une course médiatique à travers toute la ville? Un peu de tout ça certainement. Reste que j’en ai particulièrement imbibé la parano totale: les haut-parleurs qui annoncent les “accidents graves de voyageurs” (des suicides pour la plupart), ou les “attention aux pick pockets”, “signalez tout bagage oublié”, les portes blindées qui ne servent à plus rien, les gens qui sursautent quant on les arrête pour un renseignement, et ceux qui ne s’arrêtent même pas. Bizarre.

Autre constat, presque paradoxal: les gens s’entassent dans le métro, on se touche les mains, les genoux, les têtes. Une proximité que nous n’avons jamais ici. Sentiment à la fois agréable et étouffant. Aimé faire partie de cette marée humaine venant de tous horizons, humer l’humain, sa moiteur… mais regretté son rythme essoufflant et le manque de regards accrochés.

Sinon, pour faire bref, j’étais logée au pied du Sacré Coeur, j’ai mangé une bonne pizza et un mauvais couscous en bonne compagnie, bu un café matinal entre vieilles copines sur une terrasse du canal Saint-Martin, et me suis même fait offrir un bon petit plat le dernier jour à midi. Question boulot, j’ai vu un mauvais spectacle (que je critiquerai en temps voulu et où il se doit), et une expo magnifique. Allez faire un tour à la Cité de la Musique: celle-ci rend dignement hommage à l’univers foisonnant de Serge Gainsbourg, quitte à nous en faire tourner la tête.

Paname

Un petit Van Gogh joli tout plein pour illustrer ce petit message. Je pars me la péter journaliste à la mode dans la plus belle ville du monde. Au delà de ça, j’ai hâte de déambuler dans ses rues, des passer chez Marriages frères acheter le meilleur thé du monde (le “Pleine Lune”), aller renifler des choses incroyables chez l’Artisan Parfumeur, profiter de me faire quelques expos chouettes, boire un jus sous un lampadaire chauffant, aller voir ce qu’il reste du passage Brady maintenant qu’il a brûlé, faire des becs aux amis de là-bas, et me laisser happer par le grouillement de cette ville que j’aime autant que je la déteste (pollution, arrogance, fatigue). Bref.

Mais pendant que je ne suis pas là, je pique l’idée à Deedeen et vais vous demander de bosser: qui êtes vous? que faites vous? comment êtes-vous arrivé par ici? depuis quand? A quelle fréquence venez-vous par ici? Je suis curieuse, et ça me ferait plaisir de le savoir. Peut-être pourrez-vous rebooster ma motivation…

Chamboulements

Hé bien! Voilà longtemps que j’aurais dû écrire quelque chose. Ou du moins ça: “Me voilà licenciée en Lettres, littérature française, histoire de l’art, histoire et esthétique du cinéma”. C’est frime hein? Mémoire rendu, accepté, défendu. Yeah. Mais c’est déjà presque loin… A peine la chose imprimée et reliée, qu’elle m’a semblée absurde. Tout ça pour ça? Quelques larmes de soulagement qui bouclent la boucle des maux de dos, angoisses, insomnies, ou – cerise du le gâteau, si je puis dire – hémorroïdes. Oui, j’ose pousser l’exhibition en avouant ce que plein d’étudiants mémorants vivent lamentablement seuls sur leurs chaises.

Presque deux heures de défense que j’ai trouvées très intéressantes, une belle fête, une crève carabinée qui m’a appris les joies de l’aphonie, et un soulagement sous forme de chamboulements en tous genres sont mon lot depuis lors.

Qu’est-ce que je vais faire maintenant que je suis grande? Me voilà chômeuse professionnelle à temps partiel, tentant de trouver un job dans la culture, tout en me disant que je pourrais (ça changerait) me faire un peu de blé avec un boulot plus pépère, mais moins palpitant… L’histoire du beurre, de l’argent du beurre, et du cul de la crémière (sans rapport aucun avec le paragraphe précédent). On verra. Pour le moment, je vais d’offres d’emploi en rendez-vous, tout en tâchant de repratiquer un truc qui ressemble à du farniente. J’organise ma petite routine quoi.

Je tourne un peu en rond et ne sais pas trop ce que je me veux. Probable effet kiss cool dû à la fin d’un gros morceau, amplifié par ces derniers mois de marathon. D’ailleurs, grande question, blog encore ou plus blog du tout? Je me dis parfois que je perds trop d’énergie et de temps sur ce truc virtuel qui ouvre une fenêtre sur pas grand chose. Plutôt envie de m’encrer dans le présent et le réel, d’aller, seule, lire sous un arbre en prenant ce beau soleil d’automne, racheter un cahier et poser des mots dessus, prendre le train, regarder par la fenêtre, déambuler dans une expo, ou feuilleter un journal en me brûlant la langue avec un thé trop chaud. Me retrouver un peu, en somme, après une année qui fut aussi riche que difficile côté émotions.

Prochain blog je ne sais pas quand donc!

Melingo

Sommes allés voir ce chanteur argentin hier, à Berne. Quel personnage! Une sorte de Tom Waits du tango. La classe incarnée (et le charme désuet d’un complet sur mesure), l’autorité innée, aussi palpable que sa bonté et son amour de la scène. Scie musicale, bandonéon et ritournelles, parfois grinçantes. Un grand moment. Son dernier disque Maldito Tango, est une vraie merveille. Voyez…

3 octobre

Une gestation. Il y a neuf mois, j’avais les jambes coupées par le chagrin, et prononçait sans cesse “c’est bizarre”. Le deuil me tombait dessus, événement nouveau et violent dans un destin particulièrement épargné par les épreuves.
Me voici, neuf mois plus tard, après des hauts et des bas, avec un chagrin latent mais supportable. Je m’étonne souvent de la capacité humaine à rester debout. Autour de moi aussi, le monde est debout.
La peine, comme les détails des souvenirs, se régularise, s’harmonise, et, ma foi, se dissipe un peu. C’est à la fois effrayant et la preuve même que la vie prend le dessus. Une femme qui se souviendrait en détail de son accouchement recommencerait-elle? La vie est bien faite en somme.

Mais en ce jour, particulièrement, j’envoie plein de baisers au ciel, car la présence chaleureuse de mon babou me manque.

Expo d’ados

Vu hier l’exposition photo, nommée Teen City, que le musée de l’Elysée consacre aux adolescents. En ai adoré l’approche.
Des photographes du monde entier y sont réunis. Ils s’intéressent tous particulièrement à cette période de vie chamboulée. Diversité des points de vue, des histoires aussi. Effervescence, créativité, besoin de liberté ou peur de grandir, excitation ou tristesse… Autant de sujets qui rappellent que l’adolescence est tout sauf un “âge bête”.

J’ai été particulièrement touchée par la série de Nicolas Savary, dont les portraits sont d’une grande force. Il montre également à voir les lieux de l’adolescence. Vidés de toute présence, ils sont les “lieux communs” des ados helvétiques: une rampe d’escaliers, une cour déserte, un immeuble à l’architecture froidement 70’s. Beauté plastique et réminiscences assurées. Certaines images sont à voir sur son site.

Il faut y aller vite, l’expo se termine mi-octobre.

Je conseille…

…vraiment. Vu ce soir le Léopard d’or du Festival de Locarno 2008.

Il s’agit d’un documentaire tourné dans “la forteresse” d’accueil des réfugiés de Vallorbe. Le réalisateur, Fernand Melgar, pose un regard à la fois clément et acéré sur les étranges situations humaines qui s’y déroulent. Chaque détail compte pour tenter de comprendre la complexité que comporte un lieu où l’on décide de donner ou non l’asile.

Destins bouleversants vs tracasserie administrative? Rigidité helvétique vs gaieté du désespoir? Pas seulement. Mode de fonctionnement, routine, absurdités aussi. On y voit s’y déployer, de tous côtés, toutes les humeurs, du rire aux larmes, dans les anecdotes finement choisies de ce quotidien de transition.

Un film important qui rappelle le sort de ces voyageurs de l’ombre à nos mémoires. Faisant peu usage de clichés, pudique, précis, sans jugement hâtif… Je dis bravo.

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